Canada Croisières, sorties sur l'eau et voilier 2017 canada gansa EUA

Canada Croisières, sorties sur l'eau et voilier

Canada : Croisières, sorties sur l'eau et voilier
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Poissons d’eau douce du Canada/Poissons

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André-Napoléon Montpetit Les poissons d’eau douce du Canada C. O. Beauchemin & Fils ,  1897 ( pp.   1 - 38 ). ◄   PRÉFACE LA PERCHAUDE   ► DES POISSONS book Les poissons d’eau douce du Canada André-Napoléon Montpetit C. O. Beauchemin & Fils 1897 Montréal C DES POISSONS Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897.pdf Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897.pdf/9 1-38  

DES POISSONS



DESCRIPTION GÉNÉRALE


Les poissons proprement dits sont des animaux organisés pour vivre exclusivement dans l’eau. Ils occupent le dernier rang dans la classe des vertébrés : ils ont des nageoires au lieu de membres ; ils sont ovipares, et présentent toutefois une circulation double ; leur respiration ne s’opère que par l’intermédiaire de l’eau.

Le squelette, osseux chez la plupart, est mou ou cartilagineux chez certaines espèces : la raie , l’ esturgeon , la lamproie . C’est ainsi, qu’en histoire naturelle, on passe graduellement des animaux qui ont un squelette à ceux qui n’en ont pas, des vertébrés aux invertébrés. Chez les poissons, la tête et le corps forment une ligne continue.

Les nageoires sont en quelque sorte des rames avec lesquelles le poisson se meut dans l’eau. Ces nageoires, chez les acanthoptérygiens, consistent en une charpente osseuse recouverte de peau.

Le poisson vient d’un œuf.

Les œufs des poissons sont dépourvus de coquilles. La reproduction de ces animaux, par les œufs, les rapproche des reptiles ; mais il existe chez ces derniers, une supériorité par la forme de l’œuf et par le mode de fécondation.

Les poissons n’ont que la moitié droite du cœur des mammifères et des oiseaux, la moitié à sang veineux, c’est-à-dire le ventricule droit et l’oreillette droite. Chassé par le cœur, le sang se rend dans les branchies, d’où il revient par un tronc artériel placé sous l’épine dorsale, lequel faisant office du ventricule gauche du cœur des animaux à sang chaud, envoie le sang dans toutes les parties du corps, d’où les veines le ramènent au cœur.

De chaque côté de la tête des poissons existe une ouverture nommée ouïe , recouverte par une sorte de couvercle ou opercule  : c’est là que se trouvent les branchies , espèce de crible en feuillets arqués ou en lames minces formées d’un tissu de vaisseaux remplis du sang envoyé par le cœur. L’eau avalée par le poisson passe à travers les branchies, et sort par les ouïes. L’air, dissous dans l’eau, vient ainsi se mettre en contact avec le sang. Donc, bien que vivant dans l’eau, les poissons respirent de l’air. Si l’on place un poisson dans une eau qui a bouilli, et qui, par conséquent, est purgée d’air, il meurt. Mais, comment se fait-il qu’il meure, au sortir de l’eau, lorsqu’il a de l’air ? C’est que les branchies ont besoin d’humidité pour fonctionner, et lorsqu’elles sont sèches, le poisson ressemble à une personne sans poumons.


DE LEUR REPRODUCTION


Tout poisson naît d’un œuf, mais tous les œufs des poissons n’arrivent pas à maturité ; et c’est bien heureux, car la mer et les eaux douces en seraient infestées, leur nombre se comptant par des mille et des millions.

Les œufs sont jetés par les femelles à certaines époques de l’année variant parfois beaucoup, suivant les espèces de poissons, et quelque peu, parmi les mêmes espèces, suivant la latitude, le climat, les accidents des saisons, la fonte des neiges, le charroi des glaces, les orages, les surprises causées par des obstacles, des chemins interrompus, des cours d’eau déviés, des ombrages disparus, et d’autres circonstances qui déguisent à leurs yeux la patrie, le berceau, et leur font renoncer à la parturition destinée à assurer la perpétuité de leur race.

Les ovaires des femelles ont une position et une forme analogues à celles des laites chez les mâles : ils se remplissent périodiquement d’œufs presque ronds, qui, en grossissant, compriment les organes qui les contiennent ; les femelles cherchent alors à s’en débarrasser, et se frottent ordinairement le ventre contre les pierres et le fond de l’eau, pour faciliter leur sortie : de là viennent, dit-on, les expressions de frai , frayer ( fricare , frotter). La ponte achevée, les mâles, attirés sans doute par l’odeur ou la saveur des œufs, viennent les féconder, en répandant dessus leur laite.

La Nature, prévoyante en tout, a donné aux poissons qui fraient en hiver, des œufs plus lourds que l’eau, afin qu’ils puissent aller au fond chercher une température égale et un abri contre les glaces et les crues. Au contraire, les œufs des poissons qui fraient en été surnagent la rivière, sont portés au loin sur les eaux libres de glaçons, et s’attachent aux rivages, aux herbes qui poussent à ce moment, et y reçoivent l’influence de l’air, et de la lumière surtout, qui accélère le moment de l’éclosion.

Les œufs sont entourés d’une enveloppe mucilagineuse extrêmement mince et presque invisible. En quelques secondes, cette enveloppe se gonfle au contact de l’eau, et les spermatozoïdes de la laitance ne peuvent plus parvenir à la substance de l’œuf. La fécondation, en ce cas, n’a pas lieu. Dès que la matière gluante qui enveloppe les œufs est gonflée par l’eau, la fécondation ne s’opère plus. C’est grâce à l’instinct particulier qui pousse, à l’époque du frai, les mâles à suivre les femelles, que la race des poissons ne disparaît pas du monde. Cependant, des œufs recueillis dans le ventre d’une truite, morte depuis trente-six heures, ont été favorablement fécondés, par la méthode artificielle, bien entendu.

En réunissant un certain nombre d’œufs, les pressant jusqu’à les briser, en les arrosant de laitance, au moment propice, on est arrivé à produire des petits monstres curieux et intéressants au possible, à deux, trois et quatre têtes, des croisés se tenant par le ventre, ayant deux têtes et deux queues, des jumeaux en forme d’équerre, d’hélice, ayant vie et force, mais fatalement impuissants à se reproduire. Le cyprin doré de la Chine, le poisson de la Pompadour, nous en fournit de fréquents exemples, à Montréal même, dans les vitrines de nos apothicaires.


Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust p23.png Fig. 1. — Œufs et alevin du saumon, avec vésicule ombilicale.


Au moment où l’œuf vient d’être fécondé, son contenu se trouble et devient plus opaque ; mais peu à peu la transparence primitive reparaît, et il reste à l’intérieur une petite tache circulaire qui n’y était point avant la fécondation. Cette marque n’est cependant pas un signe absolu de la fertilisation de l’œuf, car elle se développe aussi, mais plus tardivement, dans ceux qui sont restés stériles.

Bientôt, une ligne arquée se fait voir dans l’œuf fécondé, c’est le cœur du petit poisson en germe, dont on distingue très bien, à la loupe, la tête avec ses petits yeux noirs, et la queue. Les mouvements de la queue sont très visibles et servent à déchirer l’enveloppe quand le jeune animal a acquis les forces voulues pour cela.

À ce moment, l’alevin est muni d’une vésicule ombilicale, et sort enveloppé d’une membrane qu’il brise pour être tout à fait libre.

La vésicule ombilicale des poissons naissants est quelquefois intérieure, dans l’abdomen, comme chez la carpe ; quelquefois extérieure, comme chez la truite. Cette petite vessie fournit à l’animal la nourriture nécessaire à la vie, pendant un temps variable, d’après les espèces : ainsi la carpe absorbe en 15 ou 20 jours sa nourriture ombilicale, tandis qu’il en faut de 35 à 50 à la truite et au saumon pour arriver à cette résorption.

Il est probable que, même pendant le temps de résorption, le poisson absorbe les animalcules microscopiques que charrie l’eau dans laquelle il est plongé.

Le temps qui s’écoule entre la fécondation de l’œuf et le moment où le petit poisson brise sa dernière enveloppe protectrice, varie suivant les espèces, de 8 jours à 30, 40, 50 et même 60 jours.

L’époque de la reproduction est un moment de perturbation dans les habitudes des poissons ; ceux qui vivent dans les eaux profondes se rapprochent des rivages, afin que leurs œufs jouissent de l’influence bienfaisante de la lumière et de la chaleur. Plusieurs espèces marines remontent très haut les cours d’eau, sans doute dans le même but ; d’autres, enfin, qui habitent constamment les eaux douces, quittent les courants, et vont chercher dans les lacs et les étangs une plus grande tranquillité.


LE TEMPS DU FRAI


Au point de vue purement scientifique, le temps du frai des poissons n’est qu’une simple question de curiosité ; mais, du moment que la prohibition de la pêche en certaines saisons devient un principe admis dans nos lois, cette question revêt une importance économique assez sérieuse. Il importe d’établir, d’après des observations locales, à quelle date approximative les poissons que la loi entend protéger, dans l’intérêt général, commencent à faire leur ponte, et à quelle date ils la finissent. C’est une chose difficile à déterminer dans notre pays du Canada, où nos grands cours d’eau, nos rivières, nos lacs ont été livrés à la navigation, à l’industrie, à de multiples exploitations agricoles, forestières, minières et de transport, qui, de toute nécessité, ont dû modifier les habitudes des poissons familiers, les détourner des eaux natales, et amoindrir des sources de production naturelle, d’une manière imprévue. Encore faut-il essayer de savoir à quoi s’en tenir à ce sujet, afin de rattraper une partie de ce que nous avons perdu, et semer ailleurs, dans des eaux nouvelles, pour y récolter de quoi compenser nos pertes, avec des chances de plus grands profits. Nous pourrons ainsi tirer avantageusement parti des innombrables lacs et cours d’eau disséminés dans les Laurentides et au delà, dont une protection intelligente et une culture éclairée feraient une source de richesse publique inépuisable. Bien connaître la nature du fond, la profondeur des eaux d’un lac, le nombre des cours d’eau, des ruisseaux qui s’y déversent, les ombrages qui l’entourent, est chose de première nécessité pour y semer les espèces qui pourront y prospérer. Une fois le lac peuplé comme il convient, le temps du frai devient l’objet d’une étude attentive pour chaque lac, suivant sa latitude, son altitude, l’exposition, la température de ses eaux. Un lac alimenté par des rivières de cours lent et long conservera ses eaux froides plus longtemps qu’un lac qui ne reçoit que de petits cours d’eau. Le plus ou moins de profondeur de la masse des eaux exerce une influence analogue. D’autres circonstances qui ne peuvent être connues que par des observations répétées expliqueront, tantôt la hâtivité, tantôt le retardement de la ponte et de l’éclosion des œufs. Prenez pour exemple un poisson de valeur, et bien connu, l’ achigan . Ce poisson dépose ses œufs dans un nid de gravier, en forme d’assiette, à une profondeur variant de trois pieds à un pied et demi ; les œufs déposés à la plus faible profondeur éclosent invariablement les premiers. Dans le même lac, il y aura une différence de plusieurs jours dans l’éclosion, suivant l’exposition des œufs à la lumière et à la chaleur du soleil. Les vieux couples seront plus réguliers et plus hâtifs dans leur ponte, que les jeunes à leur première parturition. En sorte qu’il importe de s’enquérir minutieusement des circonstances de lieux, de latitude, de hauteurs, de la condition des eaux, de la taille et des mœurs d’un poisson, avant de fixer l’époque du frai dans un but de protection effective.

TABLEAU GÉNÉRAL DES CIRCONSTANCES DU FRAI
des principaux poissons d’eau douce de la province de Québec. NOMS des POISSONS. FRAI. ŒUFS. OBSERVATIONS. ÉPOQUE. LIEU DU DÉPOT
DES ŒUFS. NOMBRE. COULEUR ET
GROSSEUR. ABLETTE commune mai et juin Sur plantes aquatiques, en eau douce. Prodigieux et mêlé : de là des mulets Blancs translucides, très petits ACHIGAN fin juin et juillet. Dans le gravier à peu de profondeur de 15 à 20,000 œufs. Petits et jaunes ALOSE commune fin mai et juin Fleuve et rivières. Très nombreux Forts petits ANGUILLE commune mars et avril Mers et rivières. Énorme. Forts petits Venant de la mer, les petits remontent les rivières par masses gélatineuses connues sous le nom de montée APRON mars et avril Eau douce. ……… Petits et blanchâtres BARS avril, mai et juin. Plages sableuses des cours d’eau. De 500,000 à 2,000,000 Vert pâle La plus grande partie du frai sert de pâture aux poissons littoraux et aux parents. BRÊME commune mai et juin. Sur roseaux et plantes du rivage, eau douce. De 100 à 140 000 Blancs transparents Les grosses frayent avant les petites ; on remarque trois époques du frai, 8 à 10 jours d’incubation BRÊME-ROSSE mai et juin. Sous les herbes des rivages, eaux calmes dans les rivières pourtant tagageuses. 100 000 BROCHET mai et juin. Sous les plantes aquatiques d’endroits déserts et retirés : eaux douces 150 000 Verdâtres Fraye par couples. Les œufs éclosent en 8 à 10 jours, au soleil, 15 à 18 à l’ombre. CHEVESNE 10 au 20 mai, huit jours, pas plus Dans les petits fonds, l’eau vive des rivières Énorme Jaune, grosseur d’une graine de pavot. CHONDROSTÔME - NASE ou MEUNIER mai et juin Sur les pierres du fond, en masses compactes, agglutinés au contact de l’eau Rivières ……… ……… CYPRINIDÉ Printemps Rochers nus dans les courants rapides ……… Jaune Œufs gros comme graine de pavot. ÉPERLAN mars et commen-
cement d’avril. Rivières, eaux saumâtres. Petits, et blanc-jaune De 5 à 10 jours d’incubation ESTURGEON juin et juillet. Fleuves et rivières. 150 lbs dans les grands individus. Développement très rapide : les petits atteignent 8 pouces quinze jours après l’éclosion GASTÉREOSTE, ÉPINOCHE
(petit poisson Castor ). mai et juin. Eaux douces et en mer, car ils habitent les deux ……… Blancs, transparents. Remontent vers les eaux vives des sources. HUANANICHE De fin d’octobre à novembre. Gravier des petits cours d’eau. De 5 à 10,000 œufs. Jaune ambré, grosseur d’une lentille. LAMPROIE FLUVIATILE juin. Eaux douces. ……… ……… S’accouplent par paires ou par nids, en grande réunion LOTTE commune décembre et janvier. Bords plats des eaux coulant sur le gravier et à rivages escarpés. Eaux douces et salées De 150 à 200 000 Blancs et microscopique Frai malfaisant sinon vénéneux MEUNIER 10 au 20 mai, 8 jours pas plus Dans les petits fonds d’eau douce. Énorme Jaune, gros comme une graine de pavot MEUNIER argenté
(Vaudoise) juin-juillet. Eau vive et limpide, parmi les herbages. …… Blanchâtres, très petits. MORUE (petite ou Tommy Cod.) décembre et janvier En rivière Œufs en nombre immense. MOXOSTOME DORÉ mai et juin. Eau douce MULET
(poisson blanc de mer) juillet. En mer En août les petits remontent à l’eau douce, sans aller bien au-dessus des eaux saumâtre. PERCHE de RIVIÈRE mai et juin. Endroits peu profonds, eaux douces et calmes ; les œufs sont attachés à un corps quelconque et forment un cordon de deux à trois mètres, flottant à la surface de l’eau De 300 000 à 900 000 Gros comme une graine de pavot. Friande de ses propres œufs ; fraye à 3 ans : 8-14 jours d’incubation SANDRE (doré) avril . Sur le sable dans les eaux tranquilles, vives et profondes des rivières. 200,000 et plus. Jaune clair. Dévore son propre frai. SAUMON commun De novembre à février. Entre les graviers et les cailloux : eaux courantes, douces 10 000, pour une femelle de 10 lbs. Rouge, safran pâle Les œufs mettent 40 jours à éclore ; frayent de 4 à 5 ans, et dès l’état de grilse SILURE juin - juillet Eaux douces et stagnantes, vase et boue …… …… 12 à 14 jours (Kauffm) 4 semaines (Schev.) TRUITE commune septembre - mars, très variée, suivant température Dans les cavités ménagées avec son museau dans le gravier. Eaux douces. 1000, par chaque 2 lbs de la femelle Gros et ambrés Éclot au bout de 57-58 jours. TRUITE DES LACS (Grey trout) Namaycush septembre, novembre. Gravier des courants les plus rapides des montagnes. Même proportion. ……… ……… TRUITE saumonée novembre, février Fonds de sable et cailloux des eaux vives et courantes. Eaux douces. Même proportion. Plus foncés. ……… VAIRON lisse juin-juillet Eaux douces. Énorme Fraye à l’age de 4 ans.


LA TAILLE ET LA FORME DES POISSONS


Si nous envisageons en traits généraux la taille des poissons, nous la verrons varier presqu’autant que celle des mammifères, et nous ne constaterons pas plus de différence entre le rat des champs et l’éléphant qu’entre l’épinochette et l’esturgeon ou les grands squales dont le requin est le tambour-major.

Quant à la forme qu’ils affectent, il est impossible de trouver dans la Nature une famille dont les membres divers offrent des différences plus tranchées comme aspect, et cependant, une plus admirable conformation commune pour vivre dans l’élément qui leur a été assigné. Le corps est plus ou ou moins fusiforme, plus ou moins comprimé ; le cou manquant, la tête est directement unie au tronc et en présente la continuation ; l’absence du cou est peut-être le caractère le plus universel dans la famille naturelle des poissons, et le seul devant lequel se soit arrêtée la fécondité inépuisable de formes que produit la Nature.

Tous les poissons, à peu près, ont le corps pourvu de nageoires ou de membranes dilatées et soutenues par des rayons, de forme, de grandeur et de nombre différents ; mais leur figure générale varie tellement, que pour la faire comprendre, il faut prendre des types qui réunissent les plus extrêmes dissemblances.

Le doré (sandre), le saumon, le maquereau donnent bien l’idée de la forme fusiforme, la plus ordinaire des poissons ; et cependant, chez quelques espèces toutes voisines de celles-ci, les variations sont déjà si grandes, que le corps très haut et tout à fait comprimé semble appartenir à une autre figure générique ; témoin, la brème si voisine du moxostôme doré (notre pseudo-carpe de France), le pomotis vulgaris — ou crapet mondoux , cousin germain du doré.

Il existe des poissons dont le corps se raccourcit tellement que la hauteur devient beaucoup plus considérable que la longueur ; d’autres sont tout en longueur, comme l’anguille, ou si minces, que desséchés sur une feuille de papier, ils ressemblent à un ruban ; d’autres prennent la forme sphérique, cubique, trièdre, ou à cinq ou six faces. Il y en a de plats et de ronds, de carrés et de pointus ; les uns ont des ailes, les autres des cornes ; ceux-ci, des épées en avant du museau, ceux-là, des glaives en arrière. On en trouve de serpentiformes, d’autres polygonaux ; les uns à peau lisse, les autres avec des écailles énormes, et ces appendices varient par toutes les formes et les couleurs imaginables ; enfin, nous avons les poissons déprimés, comme les raies, dont la forme dessine les lignes les plus capricieuses, et les pleuronectes, à corps comprimé, dont les yeux sont d’un seul côté de la tête, comme le flétan, la plie, et autres.


SQUELETTE DES POISSONS


Le squelette des poissons est osseux ou cartilagineux : il devient même quelquefois tellement mou qu’il se distingue à peine des parties environnantes : aussi, certains de ces animaux forment-ils le passage insensible des vertébrés aux invertébrés.

Les os du corps, même les plus volumineux, n’ont jamais de canal médullaire. Quant aux os petits et allongés, ils prennent le nom d’ arêtes — du mot latin arista , barbe d’épi. La colonne vertébrale n’a pas de région cervicale ni de sacrum ; les vertèbres sont toutes articulées, et présentent, sur les deux faces, une cavité conique qui les perfore souvent d’outre en outre.

Les apophyses épineuses sont longues, et les apophyses transverses généralement moins développées. Les côtes manquent quelquefois ; le plus ordinairement elles entourent tout l’abdomen, mais ne se réunissent que rarement en dessous à un os qui représenterait le sternum. De petits stylets qui pénètrent dans les muscles partent souvent des vertèbres et des côtes, de sorte que les poissons, suivant les espèces, ont plus ou moins d’arêtes. Sur la ligne médiane du corps on remarque d’autres petits os appelés os interépineux qui sont placés à l’extrémité des apophyses et servent de base à l’articulation des rayons des nageoires ; ces rayons se distinguent en rayons épineux , formés d’un os unique ou aiguillon ; en rayons mous , composés d’une grande quantité d’articulations mobiles ; ces derniers se ramifient souvent à l’extrémité.

On est généralement loin de se douter du nombre énorme de parties osseuses qui composent le squelette des poissons. Variable, suivant les espèces et les familles, ce nombre est tel, que la carpe vulgaire renferme dans son corps 4, 386 pièces osseuses.

Il n’est pas sans intérêt de se rendre compte du nom et de la position des différents os qui composent la charpente osseuse des poissons. Nous avons choisi un exemple — en reproduisant dans la figure N o 2 le squelette d’une perchaude — l’un des poissons les plus communs de nos eaux douces.


Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 02.png Fig. 2 — Squelette de la perche. — 1, os frontaux. — 2, os pariétal. — 3, os intermaxillaire. — 3’, os nasal. — 4, os maxillaire supérieur. — 5 et 6, pièces de l’os maxillaire supérieur. — 7, rayons brachiostèges. — 8, préopercule. — 9, interopercule. — 10, os qui rattache l’épaule au crane — 11, 12, 13, os de l’épaule et du bras. — 14, nageoire pectorale. — 15, os du bassin. — 16, nageoire ventrale. — 17, côtes. — 18, nageoire anale. — 19, vertèbres caudales. — 20, nageoire caudale — 21, nageoire dorsale à rayons mous. — 22, nageoire dorsale à rayons épineux. — 0, orbite.


DE LA TÊTE DES POISSONS


La tête des poissons se compose presque toujours du même nombre d’os que celle des autres ovipares, quoique la forme en diffère beaucoup, que les os ne se soudent pas entre eux, et que la mâchoire supérieure reste immobile comme l’inférieure pour la mastication. Chez certaines espèces, les dents sont nombreuses et multiformes, chez d’autres, elles sont remplacées par des os pharyngiens.

De chaque côté, et en arrière de la tête, se trouve un appareil osseux destiné à soutenir et à protéger les organes de la respiration. Il se compose des rayons branchiostèges complétant les parois de la cavité branchiale ;
Fig. 3. — Tête de perche. des arcs branchiaux qui supportent les branchies, et des préopercules, opercules, inter-opercules et sous-opercules, espèces de plaques osseuses généralement mobiles dont les noms indiquent assez les positions relatives.

Comme chez tous les animaux vertébrés, la tête comprend la bouche et les dents, les organes de la vue, de l’ouïe et de l’odorat.


C, crâne. — O, orbite. — V, vomer (dans la perche il est armé de dents). IN, mâchoire supérieure. — IM, mâchoire inférieure. — DP, dents implantées dans l’arcade palatine. — L, os lingual. — B, branches latérales de l’appareil hyoïdien. — S, stylet servant à suspendre les branches B à la face interne des cloisons jugales. R, rayons branchiostèges. — A, arcs branchiaux. — PH, pharyngiens supérieurs. — OH, ceinture osseuse supportant la nageoire pectorale. — P, nageoire pectorale, O, O’, omoplate composée de 2 os. — H, humérus AB, os de l’avant-bras. — CA, os du carpe. — CO, os coracoïdien.


Des dents . — Le mécanisme dentaire des poissons mérite une attention spéciale, par sa bizarrerie, autant que par sa variété. Il peut y avoir des dents implantées sur tous les os qui soutiennent la cavité buccale : à l’intermaxillaire, au maxillaire, à la mâchoire inférieure, au vomer, au palatin, aux arceaux des branchies, et jusque sur les os situés en arrière de ces arceaux, et nommés os pharyngiens . La langue elle-même porte quelquefois des dents.

Les dents du poisson peuvent être rangées en trois grandes divisions, selon leur forme : 1° les molaires , qui sont plates, et destinées à broyer ou à concasser des corps durs ; 2° les incisives , qui ont partie saillante, coupante, pour trancher et diviser ; 3° les laniaires , qui sont allongées, pointues, souvent recourbées en arrière et destinées à accrocher, retenir, déchirer la proie atteinte par le poisson. Cette dernière forme de dents est de beaucoup la plus commune.

Lorsque les dents sont fines comme des cheveux, minces et serrées les unes contre les autres, on les appelle dents en velours  ; plus longues et encore douces, dents ciliées  ; plus longues et plus raides, sétiformes ou en brosse . Dès qu’elles arrivent à être plus dures et un peu courbées, elles deviennent des dents en carde , et quand elles sont encore plus grosses, on les nomme dents en râpe ou raduliformes .

Des yeux . — Les yeux des poissons sont grands en raison du peu de lumière répandue dans l’élément où vivent ces animaux. Dans les eaux où la lumière ne pénètre pas les poissons n’ont pas d’yeux. Plutôt fixes que mobiles, les yeux sont dépourvus de glandes lacrymales et de vraies paupières ; la cornée en est très aplatie, mais, par compensation, le cristallin en est presque sphérique ; enfin, une peau passe devant ces organes et y devient transparente pour y laisser arriver la lumière.

Certains poissons ont les yeux placés du même côté de la tête, d’autres ont quatre yeux au lieu de deux ; quant à leur position par rapport à la ligne centrale du corps, peu d’animaux, offrent autant de dissemblances, peu également en offrent autant pour les dimensions relatives de ces organes. Tantôt très voisins, tantôt très écartés, en dessus et en dessous de la tête, immobiles ou mobiles, ensemble ou séparément, plats, convexes, à peine visibles ou énormes, excessivement variables comme couleur, d’une espèce à l’autre.

Les fibres de la rétine, c’est-à-dire, les plus petits rameaux du nerf optique, sont, d’après Lacépède, dans plusieurs poissons, 1,166,400 fois plus fins qu’un cheveu. Quel merveilleux architecte a construit de pareilles machines !

De l’odorat . — Les narines des poissons sont placées au-dessus de la bouche, mais ne servent point à la respiration. Comment ces animaux perçoivent-ils les odeurs ?

L’appareil de l’olfaction réside dans deux cavités creusées à la partie antérieure de la tête, en avant des yeux, au-dessus de la mâchoire supérieure (voir fig. 16). Ces cavités sont tapissées par une membrane pituitaire très plissée : l’orifice externe est souvent double et pourvu d’appendices ou espèces d’opercules encore peu étudiés.

Cet appareil olfactif diffère surtout de l’organe analogue des animaux terrestres, en ce qu’il ne communique pas avec l’arrière-bouche et n’est pas traversé par le fluide dissolvant les particules odorantes. Quoi qu’il en soit, il est hors de doute que les poissons perçoivent les odeurs, et de très loin ; mais comme elles ne peuvent, en définitive, leur parvenir qu’en dissolution dans l’eau ou dans l’air que l’eau contient, on est plutôt fondé à les appeler saveurs , et à considérer l’organe de l’odorat comme un véritable appareil de gustation.

Cependant, il n’en faut pas moins considérer ce sens comme le premier par ordre d’importance chez ces animaux ; la nature l’indique par les précautions qu’elle a prises pour assurer la perception des plus fugitives sensations. Les nerfs qui aboutissent à ces appareils partent immédiatement du cerveau, sont très épais, et se distribuent en un très grand nombre de ramifications dans chacun de ces organes géminés. En multipliant ainsi les surfaces de la substance sensitive, ils la rendent susceptible de ressentir des ébranlements excessivement faibles.

Ajoutons que ces ramifications s’étendent sur des membranes très nombreuses placées sur deux rangs dans les poissons cartilagineux, disposées en rayons dans les poissons osseux, et garnissant, chez tous, l’intérieur des deux cavités olfactives.

L’eau pénètre dans ces cavités chargée de particules odorantes ; elle y circule et en est expulsée à volonté par des contractions que l’animal peut opérer, dans chacune des membranes olfactives, admirable mécanisme qui remplace le transit de l’air à travers les organes analogues des animaux plus élevés dans l’échelle des êtres. Il est probable même, que le double orifice de chaque narine, chez plusieurs espèces, est destiné à faire naître un courant entrant par l’une et sortant par l’autre, apportant ainsi les molécules odorantes et se renouvelant sans cesse.

Des oreilles . — L’oreille, chez les poissons, est presque toujours logée tout entière dans la cavité du crâne, sur les côtés du cerveau, et ne consiste guère qu’en un vestibule surmonté de trois canaux semi-circulaires, avec un, deux ou trois osselets de consistance pierreuse.

Les ondes sonores ne peuvent arriver à cet organe qu’après avoir mis en vibration les téguments communs et les os du crâne, et cependant la sensibilité est grande, même quelquefois remarquable. Cette conformation de l’oreille manquant des organes extérieurs est commune à presque tous les animaux qui vivent dans l’eau.

Plus simples dans leur construction que les oreilles des mammifères, les oreilles des poissons présentent cependant plusieurs sièges de l’ouïe évidents dans les trois petits sacs membraneux et élastiques contenus dans le vestibule de chaque organe et remplis d’une gelée que tapissent des nerfs très déliés, mais sans doute très sensibles.

Les sensations auditives sont transmises au cerveau par un rameau de la cinquième paire de nerfs, qui forme, dans le poisson, le véritable nerf acoustique ; mais l’organe est très près du cerveau, et par conséquent, peut facilement transmettre à celui-ci l’impression des plus faibles ondes sonores.

Les oreilles occupent toujours, dans le crâne des poissons, l’angle le plus éloigné du museau.

Une admirable découverte a été faite récemment (1892).

Un certain colonel Bartlett, grand amateur de pisciculture, vient, à la suite de laborieuses recherches, d’acquérir la certitude que les poissons étaient de fervents mélomanes, ou, pour parler le langage de la science, savaient distinguer un « son « d’un « bruit. »

Chacun sait que le sens de l’ouïe chez les animaux aquatiques est extrêmement développé ; mais il paraît que le moindre « bruit » les fait fuir ; le « son » au contraire, principalement celui produit par une voix humaine, les attire. Ils s’arrêtent alors subitement dans leur course. Afin de mener à bien cette expérience concluante, M. Bartlett s’était embarqué, un matin, sur le lac de Genève, alors qu’aucun bruit ne se faisait encore entendre, accompagné d’un de ses amis doué d’une belle voix de basse, et, il a pu, au moyen d’un aquascope, étudier « de visu » les curieux phénomènes dont nous venons de parler.

Pêcheurs, vous voilà prévenus : si vous voulez attirer le poisson, transformez-vous en sirènes !…


DES NAGEOIRES DES POISSONS


Les nageoires sont les organes locomoteurs des poissons ; elles sont pour le poisson ce que les ailes et la queue sont pour l’oiseau. Leur position relative sur le corps de l’animal est un des caractères les plus tranchés qui divisent les groupes de poissons d’un même ordre. Tous les poissons n’ont pas le même nombre de nageoires, et suivant les espèces, ils les portent différemment, sans que pour cela aucune famille renonce à la mode du temps passé ou en invente de nouvelles. Il est même des poissons qui sont entièrement dépourvus de nageoires.

Les nageoires tirent leur nom de la partie du corps où elles sont fixées. Ainsi, les nageoires pectorales sont celles qui sont situées vers la poitrine ou auprès de la tête des poissons, et les ventrales , plus ou moins en arrière, suivant les familles. Il y a peu d’exceptions à cette disposition de ventrales. Ces deux systèmes d’organes sont pairs . La position des nageoires ventrales vis-à-vis des pectorales est très variable. Placées en arrière des pectorales, elles distinguent avant tout les poissons abdominaux . Placées en dessous , près des pectorales, elles déterminent le groupe des subraciens ou thoraciques. Quelquefois, elles sont en avant des pectorales, et alors, elles sont dites jugulaires .

« Les nageoires impaires sont situées sur la ligne médiane du corps : ce sont les dorsales , dont le nombre varie, l’ anale , près de l’anus, à l’extrémité de l’abdomen, et la caudale , qui termine le corps du poisson.

« Les nageoires des poissons sont mues par un ensemble de soixante-neuf muscles. C’est à la complication de cet ensemble que l’animal doit sa flexibilité et ses mouvements variés et souples.

« En considérant les nageoires des poissons d’une manière générale, on reconnaît qu’elles ont différents emplois, et qu’elles peuvent se classer en plusieurs divisions, comme :

« Organes de propulsion et de direction placés à l’arrière — Caudale.

« Organes de transportation , placés à l’avant et en dessous de l’animal : — Pectorales et ventrales.

« Organes d’ équilibre (supérieur et inférieur) : — Dorsale , anale.

« Organes de station terrestre  : — Pectorales, ventrales et caudale.

« Organes de station liquide  : — Dorsale. »

La membrane charnue qui forme les nageoires des poissons est supportée par un certain nombre de rayons, les uns épineux , chez les acanthoptérygiens, les autres mous , chez les malacoptérygiens. Le nombre de ces rayons ne saurait être adopté comme un critérium infaillible de classification ; d’abord, parce que le comptage en est difficile, et ensuite, parce que ces organes présentent souvent des avortements ou des superfétations qui déroutent la science.


LES ÉCAILLES DES POISSONS


Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 04.png Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 05.png Fig. 4. — Écaille de chondrostôme nase , prise sur les flancs. Fig. 5. — Écaille de chondrostôme nase , prise dans la ligne latérale.

Les écailles qui couvrent la peau des poissons varient énormément, et comme forme et comme couleur. Quelquefois, elles ont la forme de grains rudes, de tubercules très gros et de plaques osseuses, épaisses ; mais, en général, ce sont des lamelles fort minces se recouvrant comme des tuiles, enchâssées dans les replis du derme et désignées d’après leur forme, comme elles se voient dans les gravures accompagnantes.

La matière argentée qui leur donne souvent un éclat métallique si remarquable est sécrétée par le derme, et se compose d’une multitude de très petites lames polies.

L’adhérence des écailles à la peau est excessivement variable d’une espèce à l’autre ; la grandeur de l’écaille n’est même pas une raison de sa plus ou moins grande adhérence ; car il y a des poissons à grandes écailles qui tiennent fort bien, et d’autres à très petites ne tenant point, et l’inverse a lieu également.

Quant aux couleurs dont elles peuvent être ornées, elles étonnent par leur variété et leur éclat ; tantôt elles ne doivent être comparées qu’à l’or et à l’argent, tantôt ce sont les teintes les plus riches du vert, du bleu, du rouge ou du noir.

Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 06.png Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 07.png Fig. 6. — Écaille de perche commune , prise sur les flancs. Fig. 7. — Écaille de perche commune . Ligne latérale.

Il y a des écailles de formes très diverses ; il y en a de rondes, de carrées, de crénelées, d’osseuses, de flexibles. Plus les poissons sont destinés à approcher des rivages, plus les écailles, proportionnellement à leur taille, sont grande et épaisses : il leur faut une cuirasse pour les préserver des chocs auxquels les expose le voisinage des rochers.

Plus, au contraire, le poisson est destiné à vivre dans la vase, plus les écailles sont petites et recouvertes par la peau.

Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 08.png Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 09.png Fig. 8. — Écaille du rotengle , prise sur les flancs. Fig. 9. — Écaille du rotengle , prise sur la ligne latérale.

Par leur nature et par la matière qui les produit, les écailles se rapprochent absolument des ongles, des poils et des plumes qui couvrent les autres animaux, peu corruptibles comme ces matières : brûlées, elles répandent la même odeur. Décomposées, ce sont les mêmes éléments ; enfin, elles sont sécrétées sur la peau par des vaisseaux spéciaux et des ramifications artérielles. Dernier rapprochement, de même que sur les membranes intérieures de quelques quadrupèdes, on trouve quelquefois des vestiges de poils, de même, sur les intestins de certains poissons on remarque une couche de matière brillante, nacrée, analogue aux écailles. En général, la partie des écailles qui n’est pas recouverte par les voisines est plus foncée que l’autre, et revêtue de plus belles couleurs.

On ne sait pas encore quelle partie du corps des poissons secrète les écailles ; il est certain qu’elles croissent par juxtaposition de couches qui augmentent de grandeur avec l’âge de l’animal, ou même avec l’âge de l’écaille ; dans tous les cas, quand elles sont enlevées, elles se régénèrent avec une extrême lenteur, au moins sur les poissons d’eau douce. La plaie, dans une eau très vive, se cicatrise et reste souvent vive. Dans une eau dormante ou moins pure, la place privée d’écailles se couvre de mucosités qui se revêtent de mousses parasites semblables aux moisissures blanches, et l’animal meurt au bout d’un temps plus ou moins long, suivant la quantité plus ou moins grande d’écailles enlevées. Dans la majeure partie des poissons, l’écaille est couverte, en portions du moins, par une membrane transparente excessivement mince et résistante, qui la retient dans le follicule qui lui a donné naissance.

Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 10.png Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 11.png Fig. 10. — Écaille de la tanche commune , prise sur les flancs. Fig. 11. — Écaille de la tanche commune , prise ligne latérale.

En parlant des écailles des poissons, n’oublions pas la ligne latérale, plus ou moins courte en dessus et en dessous, interrompue ou capricieuse. Bien peu de personnes savent apprécier l’importance du rôle que joue dans l’économie physiologique du poisson cette double ligne tracée sur ses flancs.

« Les poissons, dit de Kay, présentent sur la surface de leur corps diverses ouvertures servant à répandre une liqueur visqueuse analogue à l’huile ou à la gélatine, et qui, en enduisant tout l’extérieur de l’animal, empêche l’eau de filtrer au travers de ses téguments, et donne à ses mouvements la souplesse et le glissement, dans l’eau, d’une surface que l’eau ne peut mouiller.

Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 12.png Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 13.png Fig. 12. — Écaille cycloïde. Fig. 13. — Écaille cténoïde.


« Le nombre, la forme et la position des canaux qui apportent à l’extérieur cette matière élaborée dans des organes spéciaux, sont différents suivant les espèces. Ces organes sécréteurs sont souvent distribués dans différentes parties de la tête, chez le brochet par exemple, au-dessus et tout autour des mâchoires inférieures. Mais ces orifices forment, surtout chez les poissons revêtus d’écailles visibles, une ligne sur chaque côté du corps, appelée ligne latérale , et partant de la tête pour se rendre jusqu’à la caudale. Les écailles qui tracent cette ligne varient comme position, comme couleur et comme grandeur, suivant les espèces. Dans les poissons munis

Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 14.png Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 15.png Fig. 14. — Écaille ganoïde. Fig. 15. — Écaille placoïde. d’écailles facilement visibles, l’organe se compose, outre les pores sécréteurs, d’un canal formé d’autant de petits tuyaux qu’il y a d’écailles sur ces orifices, et creusé dans l’épaisseur même de ces écailles. »


DES ORGANES DE LA RESPIRATION


L’appareil de la respiration chez les poissons est formé par les branchies ; ce sont des membranes lamelleuses de forme analogue aux dents d’un peigne, attachées deux à deux aux arcs branchiaux, qui sont ordinairement au nombre de quatre de chaque côté de la tête : l’eau avalée par le poisson passe entre les fentes formées par ces arcs branchiaux,

Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 16.png Branchies. Cavité d’olfaction. Fig. 16. Disposition des nerfs olfactifs chez les poissons.


baigne la surface des branchies sur lesquelles rampe l’extrémité des vaisseaux de l’artère pulmonaire, et cède l’oxygène qu’elle tient en dissolution, au sang veineux qui devient ainsi artériel ; elle s’échappe alors par les ouïes, et, chassée d’avant en arrière, sert en outre à faciliter la progression du poisson.

Certains poissons cartilagineux ont l’opercule fixe : dans ce cas, il y a pour la sortie de l’eau, autant de trous chaque côté de la tête que d’espaces interbranchiaux, comme cela se voit d’une façon frappante dans la lamproie.

Les branchies des animaux inférieurs sont quelquefois libres à l’extérieur, à l’état de houppes, de panaches, de franges, de feuillets, comme chez le lézard d’eau douce ou ménobranche.


Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 17.png Fig. 17. — Lézard d’eau douce, ou ménobranche.


Dans les poissons, les branchies sont toujours placées, quel qu’en soit le nombre (les raies et squales en ont 5, 6, et 7), la grandeur et la forme, dans une cavité, de chaque côté de la tête, cavité qui n’est qu’un prolongement de la bouche, par laquelle l’eau est avalée.

Outre l’air que le poisson trouve en dissolution dans l’eau, beaucoup d’espèces viennent encore à la surface, de temps à autre, pour humer l’air directement. Mais ce procédé ne semble concourir en rien à la respiration proprement dite.

La mort de ces animaux, lorsqu’on les sort de leur élément, est une sorte d’asphyxie : leurs lamelles s’affaissent, se dessèchent au contact de l’air, et ne laissent plus circuler le sang ; aussi, les poissons qui vivent le plus longtemps hors de l’eau, sont-ils ceux dont les ouïes ont la plus petite ouverture et ne permettent qu’un léger accès de l’air atmosphérique sur l’organe respiratoire.


CIRCULATION DU SANG CHEZ LES POISSONS


Je cite ici textuellement le professeur Langlebert, dont l’enseignement me paraît clair et complet, quoique concis : « Chez les mammifères, les oiseaux et les reptiles, la circulation est double , ce qui veut dire que le sang artérialisé dans le poumon revient au cœur pour être ensuite distribué aux divers organes. Chez les poissons, la circulation est simple, en ce sens que le sang artérialisé dans l’appareil respiratoire se rend directement aux organes, sans revenir au cœur.

Le système circulatoire des poissons se compose, en effet, d’un cœur à une seule oreillette et un seul ventricule. Ce cœur correspond, par conséquent, au cœur droit des mammifères et des oiseaux. Le sang veineux, qui revient de toutes les parties du corps, arrive dans l’oreillette et passe ensuite dans le ventricule, lequel, en se contractant, le chasse dans les branchies ou organes respiratoires par une artère nommée artère branchiale . En traversant ces organes, le sang veineux se transforme en sang artériel ; mais, au lieu de retourner au cœur , il se rend directement dans une artère volumineuse et contractile (l’aorte) qui le distribue dans tout le corps, et ainsi de suite. On voit que chez les poissons le sang ne parcourt qu’un seul cercle en allant des organes au cœur, du cœur aux branchies, et des branchies aux organes ; tandis que chez les mammifères et les oiseaux, la circulation se compose toujours de deux cercles distincts et indépendants. »


Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 18.png Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust sp 0001 19.png